Dermo-corticoïdes : l’essentiel à savoir

corticoïdesLa prescription de dermo-corticoïdes (DC) doit obéir à des principes d’indication et d’utilisation précis afin d’obtenir le bénéfice maximal avec le minimum d’effets secondaires.

Les dermocorticoïdes sont utilisés en raison de leur quadruple action :

  1. Effet anti-inflammatoire : diminuent l’érythème et l’œdème quelle que soit la cause de l’inflammation.
  2. Effet antiprolifératif : notamment kératinocytaire. Au niveau épidermique, les DC sont atrophiants et inhibent la cicatrisation.
  3. Effet immunosuppresseur
  4. Effet vasoconstricteur : limitent l’apport de facteurs inflammatoires sur le site.

FORME GALÉNIQUE

La forme galénique doit être adaptée au type de lésion et à sa topographie :

  • les pommades et crèmes : ont un effet occlusif.
    Elles sont à réserver aux lésions épaisses propres non (ou peu) suintantes très sèches, kératosiques. Du fait de leur constitution plus simple, sans conservateur le plus souvent, elles sont moins allergisantes.
    Les pommades sont à proscrire dans les plis (risque de macération).
    Les crèmes sont cosmétiquement plus agréables, plus faciles à étaler sur de grandes surfaces.
  • les lotions et gels sont utilisés dans le traitement des zones pileuses, du cuir chevelu (shampoing) et des plis, et des lésions suitantes.

Ces topiques s’appliquent généralement 1 à 2 fois par jour.

QUANTITÉ

Chez l’adulte comme chez l’enfant et le nourrisson à partir de 3 mois, afin de mieux préciser la quantité de crème à appliquer sur une surface donnée, on peut utiliser la méthode de l’unité phalangette (ou FTU pour fingertip unit). C’est la quantité de crème ou de pommade sortie d’un tube dont le diamètre de l’orifice est de 5 mm, déposée sur toute la longueur de la phalange distale de l’index d’un adulte, d’un trait continu.

corticoïdes posologie

On considère que 1 FTU = 500 mg de topique. Cela permet de déduire la quantité de tube nécessaire au traitement.

DURÉE DE TRAITEMENT

Elle doit être la plus brève possible pour limiter les phénomènes de rebond.

L’arrêt ne doit pas être brutal pour les traitement de plus de huit jours, ou les traitements appliqués sur une grande surface, pour lesquels une diminution progressive des quantités ou l’utilisation d’une classe moins forte doit être réalisée afin d’éviter une rechute de la dermatose.

EFFETS SECONDAIRES

Les dermocorticoïdes font parfois l’objet d’une « corticophobie ». La conséquence principale est que les dermocorticoïdes sont appliqués en trop faible quantité pour être efficaces et que l’on conclut trop rapidement à un échec du traitement.

Or, les effets systémiques des dermocorticoïdes sont rares et ne sont possible :

  • qu’au cours de traitements très prolongés et avec les formes les plus puissantes,
  • si appliqué sous pansement occlusif et/ou sur des zones où la pénétration est élevée (peau fine, couche cornée altérée…),
  • et pendant une période prolongée et/ou chez l’enfant ou le sujet âgé.

En revanche, des manifestations locales sont possibles :

  • l’utilisation prolongée peut entraîner une fragilité cutanée, des télangiectasies (apparition de petits vaisseaux, surtout sur le visage)
  • sur le visage, les CS peuvent créer une dermite péri-orale ou une éruption à type d’acné, aggraver une rosacée
  • retard de cicatrisation des plaies, des escarres, des ulcères de jambe
  • augmentation du risque d’infections locales (abcès, herpes)
  • hypertrichose
  • dépigmentation
  • infection secondaire, particulièrement sous pansement occlusif ou dans les plis
  • dermatose allergique de contact
  • glaucome, cataracte (en cas de traitement chronique sur les paupières)
  • phénomène rebond

Ces effets secondaires locaux sont peu graves et réversibles dans la majorité des cas, surtout si les dermocorticoïdes sont utilisés en respectant les règles de bon usage.

CONTRE-INDICATIONS

  • Allergie à l’un des constituants
  • Lésions de peau ulcérées, plaies
  • Dermatoses faciales à composante vasomotrice (rosacée) ou folliculaire (acné)
  • Lésions infectieuses d’origine bactérienne, mycosique, virale et parasitaire.

ACTIVITÉ DES DERMOCORTICOIDES

Les DC sont classés en 4 niveaux d’activité, en fonction de la vasoconstriction des vaisseaux dermiques :

corticoïdes classe
NB: dans la classe IV, seule l’hydrocortisone à 1% est listée / Mise à jour : Avril 2017

L’importance du passage systémique (et donc des effets et de la puissance des DC) peut aussi être influencée par d’autres facteurs :

  • état cutané : l’absorption est augmentée en cas d’altération de la couche cornée (dermatite atopique, psoriasis,…)
  • étendue des lésions
  • durée du traitement
  • localisation: l’absorption est majorée dans les plis et là où l’épiderme est fin, elle est minorée au niveau des paumes et de la plante des pieds
  • âge du patient: pour un même DC, l’absorption sera supérieure chez l’enfant (rapport surface/poids élevé) et le sujet âgé (amincissement de la couche cornée)
  • l’occlusion : obtenue à l’aide de films plastiques.
    En tenir compte avec les couches des nourrissons, car la couche réalise une occlusion, pouvant entrainer des Granulomes glutéal infantile (nodule rond de couleur Violacée)
  • l’effet réservoir : Après application locale, il se forme un réservoir de dermocorticoïdes, à partir duquel le corticoïde est relargué progressivement dans l’épiderme puis dans le derme de façon continue pendant une période plus ou moins longue. C’est par « l’effet réservoir » qu’une seule application quotidienne est en théorie suffisante.
  • la température : La pénétration est favorisée par une augmentation de la chaleur locale.

CHOIX DU NIVEAU D’ACTIVITÉ

Il dépend de tous les facteurs évoqués ci-dessus (état de la couche cornée, de la localisation des lésions, du terrain, de l’âge du patient, etc.), mais on peut émettre quelques règles simples :

  • Les dermocorticoïdes de classe I ou II seront appliqués sur une couche cornée épaisse tandis qu’une classe inférieure sera préconisée sur une peau fine.
  • Les dermocorticoïdes puissants (classe I) sont réservés aux traitements d’attaque pour des périodes courtes.

Dr Ledoux, Pharmacienne, avec la contribution de Dr Ordoscopie, Pharmacien

Source(s)
– Annales de dermatologie et de vénéréologie (2008) 135S, F163—F167
https://ledermatotatoue.wordpress.com/2016/08/23/les-principes-des-traitements-locaux-en-dermatologie
– RCP Vidal
– Dorosz
– Atopic Dermatitis Exacerbations, 24/05/2010, https://www.slideshare.net/tommasoboner/atopic-dermatitis-exacerbations

7 Comments

    • Bonjour Alex,

      C’est effectivement une bonne question, étant donné que le Diprolène et le Diprosone sont dosés tous les deux à 0.05 % de Dipropionate de Bétaméthasone.

      En fait, la différence provient du propylène-glycol présent comme excipient dans le Diprolène. La très forte activité de la pommade résulte de la solubilisation du corticoïde dans cet excipient.

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