Les substituts lacrymaux : synthèse

L’œil sec est une pathologie chronique inflammatoire touchant le film lacrymal, et se traduisant par une sensation d’œil sec. La sécheresse oculaire est secondaire à deux types de déficits souvent plus ou moins associés: déficit qualitatif et/ou déficit quantitatif des larmes.

Les symptômes de l’œil sec sont: des sensations de « grain de sable », de corps étranger, de brûlure, picotements, prurit, sensibilité à la lumière, yeux rouges et fatigués,…

Un larmoiement réflexe (au vent ou aux changements de température) ou la difficulté de porter des lentilles de contact sont également très évocateurs.

PHYSIOLOGIE

Les larmes sont nécessaires à la lubrification et à la protection de l’œil. Elles sont indispensables pour:

  • garder la cornée lisse et transparente et garantir la qualité de la vision
  • évacuer les déchets et débris présents dans la fente palpébrale
  • assurer le transport et la protection du système immunitaire.

Un film lacrymal est en permanence maintenu à la surface de l’œil, il est renouvelé toutes les 5 à 10 secondes, à chaque clignement des paupières. Ce dernier permet aussi de répartir uniformément les larmes à la surface du globe oculaire.

Très schématiquement, le film lacrymal est composé de 3 couches superposées:

  • une couche de mucus, au contact de la cornée
    • sécrétée par des cellules mucipares conjonctivales
    • ayant un rôle lubrifiant et permettant l’étalement uniforme de la couche aqueuse sur la cornée
  • une couche aqueuse, plus épaisse
    • produite au niveau des glandes lacrymales
    • composée d’eau (99%) et de substances hydrosolubles
  • d’une couche externe de lipides, répartie en surface
    • va limiter l’évaporation de l’eau
    • sécrétée par les glandes de Meibomius situées au bord de la paupière

La perturbation d’un seul de ces éléments peut provoquer des symptômes de sécheresse oculaire.

LES SUBSTITUTS LACRYMAUX

Ils sont un traitement symptomatique du syndrome d’œil sec.

Ces suppléants lacrymaux humidifient la cornée de façon plus ou moins prolongée mais n’ont pas d’effet sur les causes de la sécheresse oculaire qui doit toujours être recherchée et traitée. Ces causes peuvent être d’origine ophtalmique ou systémique.

Certains médicaments aggravent ou peuvent être la cause d’un œil sec, par ex.:

  • anti-cholinergiques
  • antihistaminiques
  • antidépresseurs tricycliques
  • œstrogènes
  • béta-bloquants
  • IEC, diurétiques

COMPOSITION

La viscosité des substituts lacrymaux est un élément déterminant pour assurer un temps de contact suffisant entre le médicament et la surface de l’œil

Plus la viscosité est élevée, plus l’adhérence est élevée et plus le temps de contact sera prolongé.

Les gouttes à faible viscosité sont utilisées de préférence dans les formes légères, tandis que les gouttes à viscosité élevée sont indiquées dans les troubles fonctionnels plus importants

Ces substituts lacrymaux peuvent être à base de:

  • sérum physiologique: bonne tolérance, neutralité, mais très faible viscosité (Larmes artificielles®, Larmabak®, Unilarm®)
  • dérivés de la cellulose (hypromellose, carmellose), povidone (= polyvidone): viscosité faible à moyenne qui retarde l’élimination (Dulcilarmes®, Fluidabak®, Nutrivisc, Refresh®, Unifluid®)
  • carbomères synthétiques: bonne stabilité, pouvoir de rétention hydrique,  viscosité élevée permettant de diminuer les fréquences d’administration (Aquarest®, Artelac®, Celluvisc®, Gel-Larmes®, Lacrifluid®, Lacrigel®, Lacrinorm®, Lacryvisc®, Liposic®, Siccafluid®)

Certains produits sont réservés au traitement de la sécheresse oculaire avec kératite ou kérato-conjonctivite sèche (en 3° intention après échec des substituts lacrymaux de faible viscosité ou des gels).

Ils sont à base de hyaluronate de sodium (Hyabak®, Hylocomod®, Hylo confort®, Hydrial®, Hylovis®, Neovis®, Optive®, Vismed®) ou d’autres substances lubrifiantes (Cationorm®, Systane®, Théalose®)

NB 1 : Ces produits ont le statut de dispositif médical (et non pas de médicament)
NB 2 : Ils ne sont remboursés que sur prescription d’un ophtalmologiste après diagnostic de kératite ou kérato-conjonctivite sèche notamment par un test colorimétrique à la lampe à fente. Cette prescription initiale ne peut pas excéder six mois, et le renouvellement n’est assuré qu’après examen ophtalmologique.

Dr Claude Ledoux, Pharmacienne

Source(s)
– U. Lakomy, C. Ruob Fuchs, K. Hersberger, M. Beutler – On recherche: les meilleures larmes artificielles – Journal suisse de pharmacie, 13/2006
– Bulletin d’information n°48 de la Commission des Médicaments et de la Pharmacie Interjurassienne (janvier 2019)
– Instruction CPAM, janvier 2018
– Abécédaire de Chimie Organique – Sciences Physiques et Chimiques – Académie de Montpellier
– Thériaque, Vidal

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